Forêts

L’histoire se déroule sur plus d’un siècle. Tout au long du texte, les références historiques et spatiales sont si précises, qu’elles ne laissent aucune place à l’interprétation. A cette difficulté est ajoutée la complexité du récit : simultanéité de jeu, échos d’une époque à une autre, multitude de personnages ... Cette histoire tantôt touchante, fantastique, violente ou émouvante, raconte tant d’histoires, tant de promesses et d’espoirs qu’il devient difficile de trouver un dénominateur commun et de la limiter à la quête de Loup et Douglas pour remonter la généalogie de Loup. L’ancrage temporel et spatial m’a d’abord dérouté devant le peu de liberté d’interprétation qu’il laisse. J’ai alors choisi, plutôt que de lutter contre, d’accompagner ces contraintes pour les renvoyer avec d’autant plus de force. Plutôt que de chercher à transposer, pourquoi ne pas ancrer encore plus ce récit ? Faire de cette recherche d’origines une histoire dans l’Histoire. Ne plus raconter seulement le périple de Loup et de Douglas, mais raconter le Siècle qui sert d’écrin à leurs découvertes. J’ai choisi de travailler sur la multiplication d’un objet unique, aboutissement de toutes ces réflexions : le journal quotidien. Par la multiplication de journaux du monde entier sur scène, Forêts peut enfin prendre place au centre de son siècle et raconter son Histoire.

Afin de figurer cet ancrage dans le temps, j’ai choisi de travailler un volume de journaux (type Le Monde, New-York Times...) qui se seraient accumulés et formeraient comme des strates rocheuses. Cette sédimentation d’actualité devient un mur haut et épais, en arc de cercle et sculpté dans la masse. Ainsi il peut, selon les éclairages et un travail sur le clair-obscur, évoquer la forêt, la girafe, l’hôpital, le train emmenant les déportés aux camps... Le contrepoint à ce volume à la fois minéral et végétal, est un volume creux et praticable contenu dans l’épaisseur du mur. Il est figuré par une fenêtre translucide carrée de deux mètres par deux sur la grande face du mur à cour, ainsi que par une petite fenêtre verticale sur sa tranche. Il évoque au fur et à mesure de la pièce la chambre de chimiothérapie, les fenêtres, intérieures ou extérieures, la cabine du train... Les accessoires et quelques luminaires sont incrustés dans le mur, comme prisonniers, eux aussi, du mur et de leur époque. Les costumes sont traités de façon historique. En revanche, plus les scènes sont lointaines dans le temps, plus la teinte des costumes est désaturée. Ils offrent ainsi un repère chronologique efficace au spectateur. Tout au long du spectacle, l’Histoire est présente. Chaque fois qu’une époque, un mois ou un jour précis est donné par le texte, les événements contemporains au récit seront retransmis par des films, des photos, des images de propagande, des gros titres de journaux qui apparaîtront projetés au dessus du décor, tantôt nets et précis, tantôt diffus et fantomatiques.

 

Forêts - Wajdi Mouawad

Exercice encadré par Emmanuel Clolus

Conception : Lucas Thébault

D.P.E.A. Scénographie - École d'architecture de Nantes

2010