La visite de la vieille dame

La pièce traite de la Cruauté. Cruauté entre des hommes qui se connaissent mais qui se renient et trahissent pour résoudre leurs problèmes. Cruauté orchestrée par une personne autrefois reniée, qui retourne la ville contre son citoyen le plus aimé. Pour la vieille dame l’argent est un moyen, un levier. Pour les habitants il est l’élément dont l’absence les asphyxie. Cet élément pourrait aussi bien être l’eau ou dans notre société actuelle, le pétrole…

 

Cette pièce est une valse morbide : insouciante, joyeuse et mortelle. Une ronde de mensonges, de tromperies, qui va irrésistiblement en s’accélérant. La musique qui définit le mieux l’ambiance de la pièce est la « Danse Macabre » composée par Camille de Saint-Saens : une belle valse ensorcelante qui emporte tout sur son passage, comme la vieille dame.

Le dispositif quadrifrontal permet l'essentiel du jeu dans l'arène centrale ou dans les quelques mètres qui la bordent. Cependant, des actions secondaires non essentielles à la compréhension de l'action peuvent se dérouler plus loin, là où seule une partie du public pourra la voir. Des châssis courbes permettent de clore l'espace et de donner l'impression d'être sur une place de village. Plusieurs scènes se déroulent à la gare. Le train est figuré par des sièges montés sur rail et circulant sous les gradins.

 

Clara Zahanassian est une belle femme du monde, riante et maniérée, mais qui cache sous ce masque une indescriptible cruauté : elle se révèle finalement comme l’image de la Mort gaie. Quand aux habitants de la ville, s’ils s’enrichissent matériellement, ils révèlent leur absence de morale. L’univers suit cette tendance : il passe de la pauvreté disparate à la richesse uniforme, de la matière à l’à-plat, dans le décor comme dans les costumes. Ces derniers situent l’action dans le temps. Les robes de Clara Zahanassian ont des coupes des années 40, ceux des villageois, vieux et élimés, datent des années 20. 

 

Les habitants sont au cœur de mon interprétation de la pièce : c’est contre eux qu’est dirigée la vengeance de C.Z., les obligeant à renier et à tuer celui qu’ils aiment le plus, tout comme ils l’ont chassée et condamnée à la prostitution jadis. 

 

La visite de la vieille dame - Friedrich Dürrenmatt

Conception : Lucas Thébault

Projet de diplôme

D.P.E.A. Scénographie - École d'architecture de Nantes

2011