Les Gueux

Proposition 1 : Cimetière

Pour cette proposition je suis parti des éléments présentés dans les croquis des vidéos, ainsi que des images de références dans le dossier de création. Je les ai réarrangé pour former une image scénique qui me semble pertinente. Tout s'articule autour d'un carrefour dans le cimetière du Père Lachaise, près du mur d'enceinte.

L'ambiance est crépusculaire. Le premier plan se décompose en trois parties.

A Jardin, un banc de pierre avec une amorce de cimetière : un mausolée surmonté d'une statue mortuaire et quelques stèles à moitié hors champ.

Au centre, l'aire de jeu principale, dégagée.

À Cour, l'escalier soutenu par un vieil arbre à demi mort. Cet élément m'a paru plus approprié à cour, alors qu'il est signalé à Jardin dans le texte : la masse de l'escalier couplé à la verticale de l'arbre terminent ici l'image (dans le sens de lecture d'une image de gauche à droite) et donnent du hors champ avec la perspective de l'escalier. Cet élément à Jardin bloquerait la lecture, déséquilibrant l'image.

Au second plan un mur de pierre attaqué par le temps, en partie couvert de lierre qui court de jardin au centre du plateau. Il est ouvert à jardin d'une petite meurtrière pour permettre d’apercevoir les personnages avant leur entrée (surtout s'ils portent de petites lampes). Un chemin le sépare d'une grille qui part de l'arbre pour se perdre derrière le mur. Cette grille donne de la perspective à l'ensemble du tableau. Certains barreaux ont été tordus, permettant le passage des comédiens.

Derrière cette grille, d'autres caveaux et mausolées.

Enfin, au lointain, le mur d'enceinte, et se découpant dans l'obscurité les toits de Paris et quelques fenêtres allumées. Ces éléments ouvrent et donnent de la profondeur à l'ensemble.

Proposition 2 : Bibliothèque en ruine 

Lors de ma première lecture de la pièce, il m'est venu à l'esprit l'image d'un livre brûlé. C'est l'idée d'une mémoire, d'une archive destinée aux générations futures puis détruite et enfouie sous les cendres. Ça me paraissait exprimer les propos de l'élève et du maître sur l'impossibilité à apprendre de nos erreurs.

Filant la métaphore j'ai imaginé une bibliothèque en ruine, symbole de notre passé délaissé et oublié que le maître vient réveiller pour son élève. J'ai repris les éléments présents dans le texte pour les adapter à ce nouveau lieu : la grille devient une étagère renversée, l'escalier de pierre devient un escalier métallique menant à une coursive (praticable), la statue mortuaire une statue sur un socle, la poupée de bois une poupée de papier mâché. J'ai gardé les bancs, la trappe, le mur d'enceinte du Père Lachaise.

J'ai dessiné la bibliothèque comme si elle avait été incendiée et laissée à l'abandon. La toiture a complètement brûlé, un arbre a poussé à l'intérieur, une partie du mur s'est effondrée dévoilant des caveaux qui dépassent du mur d'enceinte du cimetière voisin, les vitres ont éclaté... L'oubli est violent. L'histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

L'idée que la bibliothèque soit gardée par un aveugle me paraît aussi une idée forte (on enterre notre histoire ; quelqu'un ne pouvant pas lire chargé de garder une bibliothèque...). Dans cette idée, Jean écrit un témoignage qu'il finit par ranger sur une des étagères. Ce récit longtemps oublié est ressorti par le professeur pour le donner à son élève, qui sort avec. 

On est ici dans la métaphore spatiale de ce que m'a évoqué le texte. L'espace traduit un sentiment d'oubli injuste,  forcé.

 

Les Gueux - Magali Vezza

Conception : Lucas Thébault

Compagnie de l'Illustre Théâtre

Marseille

2013